1. Pouvez-vous vous présenter à nos lectrices et lecteurs, s'il vous plaît ?
Je m’appelle Birama Koné, je suis engagé dans le développement communautaire et associatif au Mali, notamment à travers l’Association Mogoya Ben So (AMBS), implantée dans la commune rurale de Défina, dans la région de Bougouni. Mon engagement repose sur une conviction simple : le développement de notre pays doit partir des communautés elles-mêmes, de leurs besoins, de leurs compétences et surtout de leur capacité à construire ensemble des solutions durables. À travers l’AMBS, je travaille particulièrement sur les questions liées à l’agriculture, à l’autonomisation économique des femmes et des jeunes, à l’éducation, à la santé, à l’environnement, à l’eau et à l’assainissement ainsi qu’au développement économique local.
Si vous deviez vous définir en 3 mots, que choisiriez-vous de nous dire et pourquoi ces qualités ?
Je choisirais trois mots : engagement, persévérance et solidarité.
- engagement, parce que je crois qu’on ne peut pas vouloir transformer son territoire sans accepter de s’impliquer personnellement;
- persévérance, parce que le développement communautaire demande du temps. Il y a des difficultés, des refus, des projets qui prennent du retard, mais il faut continuer à avancer;
- solidarité, parce que je considère que nous ne pouvons pas construire un développement durable dans l’individualisme. La force d’une communauté vient de sa capacité à se soutenir et à travailler ensemble.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Mon parcours est avant tout celui d’un homme qui s’est progressivement rapproché des réalités de sa communauté et des problématiques de développement local. Au fil des années, j’ai compris que beaucoup de difficultés rencontrées dans les zones rurales ne sont pas uniquement liées au manque de ressources. Elles sont également liées au manque d’accès aux opportunités, à la formation, aux équipements, aux marchés et aux financements. C’est cette réflexion qui m’a progressivement conduit vers l’engagement associatif. Avec l’AMBS, nous essayons aujourd’hui de passer d’une logique où l’on cherche simplement à répondre aux urgences à une logique de construction de solutions économiques et sociales durables. Notre ambition est notamment de créer des passerelles entre production agricole, transformation, entrepreneuriat, création de revenus, nutrition, éducation et résilience des familles.
Parlez-nous de l’Association Mogoya Ben So et ses objectifs.
L’Association Mogoya Ben So, ou AMBS, est une organisation engagée dans le développement communautaire de la commune rurale de Défina. Notre objectif est de contribuer à améliorer durablement les conditions de vie des populations, particulièrement celles des femmes, des jeunes et des enfants. Nos domaines d’intervention comprennent notamment :
- l’agriculture durable et la sécurité alimentaire;
- l’élevage et le développement des activités génératrices de revenus;
- la transformation agroalimentaire;
- l’autonomisation économique des femmes et des jeunes;
- l’éducation et l’alphabétisation;
- la santé et la nutrition;
- l’eau, l’hygiène et l’assainissement;
- la protection de l’environnement;
- la lutte contre la dégradation des terres;
- les énergies renouvelables et l’électrification rurale;
- la participation citoyenne et la solidarité communautaire.
Nous travaillons avec une vision territoriale : les problèmes sont liés entre eux et les solutions doivent également être liées entre elles.
En quoi consiste votre quotidien en tant que responsable dans le secteur associatif ?
Le quotidien associatif est très diversifié. Il ne s’agit pas seulement d’organiser des réunions. Il faut écouter les communautés, identifier les besoins, rencontrer les partenaires, préparer des projets, rechercher des financements, mobiliser les membres, suivre les activités, rendre compte et parfois gérer des difficultés imprévues. Une grande partie de mon travail consiste également à transformer les idées en projets concrets.
Par exemple, lorsqu’une communauté produit du maïs, du mil, du fonio, de l’arachide ou du manioc, notre réflexion ne s’arrête pas à la production. Nous nous demandons comment transformer localement ces produits, créer de la valeur, développer des petites entreprises, créer des emplois et augmenter les revenus des producteurs et des femmes.
Quelle valeur ajoutée le projet agricole apporte-t-il aux populations et à leur territoire ?
Pour moi, l’agriculture ne doit pas être considérée uniquement comme une activité de subsistance. Elle peut devenir un véritable moteur de développement territorial surtout au Mali. Un projet agricole bien structuré peut créer plusieurs effets : augmenter la production, améliorer l’alimentation des familles, créer des emplois, développer la transformation locale, renforcer les revenus des femmes et des jeunes et créer de nouvelles activités économiques. Notre approche est donc de construire des chaînes de valeur locales :
production → transformation → commercialisation → revenus → nutrition → éducation → résilience familiale.
C’est cette approche intégrée qui peut permettre à un territoire rural comme Défina de mieux valoriser ses propres ressources.
Citez-nous un ou quelques échecs et les leçons apprises par vous.
Dans le secteur associatif, tout ne fonctionne pas toujours comme prévu. Il m’est arrivé de constater que certaines initiatives avançaient plus lentement que prévu, notamment lorsque les moyens financiers, les partenaires ou les capacités techniques n’étaient pas suffisamment disponibles. Ces expériences m’ont appris une chose essentielle : une bonne idée ne suffit pas pour réussir un projet. Il faut une bonne préparation, une équipe compétente, une planification réaliste, une gestion transparente, un suivi régulier et surtout une forte implication des bénéficiaires. J’ai également appris qu’il faut commencer avec des objectifs réalistes, obtenir des résultats concrets et ensuite passer progressivement à l’échelle.
Quels sont vos projets d’avenir ?
Notre ambition est de faire de l’AMBS un acteur solide du développement territorial de Défina et un partenaire crédible pour les institutions, les collectivités, les organisations nationales et internationales. Nous souhaitons notamment développer :
- des unités communautaires de transformation agroalimentaire;
- des activités économiques portées par les femmes et les jeunes;
- des initiatives agricoles résilientes au changement climatique;
- des infrastructures d’eau et d’assainissement;
- des actions en faveur de l’éducation des enfants et des jeunes filles;
- des projets d’élevage et de production laitière;
- des initiatives de reboisement et de restauration des terres;
- des solutions solaires pour les villages;
- des programmes de formation professionnelle et d’entrepreneuriat.
À moyen terme, nous voulons surtout contribuer à faire de Défina un territoire plus résilient, solidaire, productif et inclusif.
Si vous deviez remercier quelques personnes, qui sont-elles et que représentent-elles pour vous ?
Je voudrais remercier :
- ma Famille, pour son soutien et sa compréhension;
- les membres et bénévoles de l’AMBS qui acceptent de consacrer leur temps au développement communautaire;
- les femmes, les jeunes, les producteurs et les communautés de Défina qui sont au cœur de notre action, enfin;
- toutes les personnes, les organisations, les collectivités et les partenaires qui croient aux initiatives locales et qui nous encouragent à aller plus loin. Pour moi, le développement est toujours une œuvre collective. Personne ne construit durablement un territoire seul.
Quelles sont les 3 qualités d’un leader ?
Je retiendrais :
- l’écoute, parce qu’un leader doit comprendre les réalités des autres avant de prendre des décisions;
- l’intégrité, parce que la confiance est la base de toute action collective;
- la capacité à rassembler, parce que le véritable leadership consiste à créer une dynamique autour d’une vision commune.
Un leader ne doit pas seulement chercher à être suivi. Il doit surtout contribuer à faire émerger d’autres leaders.
Que pouvez-vous conseiller aux jeunes générations pour atteindre leurs objectifs ?
Je leur dirais d’abord de croire en eux-mêmes, mais également d’accepter de travailler et d’apprendre. Il faut avoir une vision, se former continuellement, commencer avec les moyens disponibles et ne pas avoir honte de commencer petit. Je conseille également aux jeunes de développer des compétences pratiques, de travailler en équipe et de profiter des opportunités offertes par le numérique. Enfin, je leur dirais : ne cherchez pas uniquement un emploi ; cherchez aussi à créer de la valeur autour de vous. Nos territoires ont énormément de ressources : agriculture, élevage, artisanat, culture, numérique, transformation agroalimentaire et services. Il faut apprendre à transformer ces ressources en opportunités.
Citez 3 bienfaits immédiats de l’économie sociale et solidaire pour nos territoires.
Je citerais trois bénéfices essentiels :
- la création de revenus et d’emplois locaux;
- le maintien de plus de valeur économique dans les territoires;
- le renforcement de la solidarité.
Elle encourage le développement des coopérations, des organisations communautaires, des mutuelles, des coopératives et des initiatives collectives. L’ESS permet de développer des solutions adaptées aux réalités des populations : alimentation, agriculture, formation, services sociaux, environnement ou accès à certaines infrastructures. Pour moi, l’économie sociale et solidaire permet de replacer l’être humain et le territoire au cœur de l’économie.
Quelle est la citation parfaite qui résume votre vie ?
Une phrase résume particulièrement bien ma philosophie : « Seul, on va plus vite ; ensemble, on va plus loin. »
Elle correspond profondément à ma vision de l’action communautaire. Je crois que notre véritable réussite ne se mesure pas uniquement à ce que nous accomplissons personnellement, mais aussi à ce que nous permettons aux autres d’accomplir.
Quelques mots sur Arcare Concept, notre blog
Je considère Arcare Concept comme un espace important de valorisation des parcours, des initiatives et des talents. Le blog met particulièrement en lumière des femmes et des hommes qui entreprennent, innovent, s’engagent et contribuent au développement de leurs territoires. Le site présente d’ailleurs régulièrement des parcours liés à l’entrepreneuriat, à la jeunesse, à l’éducation, au social et au développement en Afrique. Je trouve particulièrement intéressante cette démarche qui consiste à parler des personnes qui construisent, parce que leurs expériences peuvent inspirer d’autres générations. Je souhaite donc remercier Arcare Concept pour cette opportunité de partager mon parcours et l’expérience de l’AMBS.
Si vous deviez recommander notre blog à 3 personnes qui incarnent le leadership autour de vous, qui sont-elles et quelles sont leurs activités ?
Je citerais trois profils de mon entourage qui représentent, chacun à leur manière, l’engagement et le leadership :
- Affou DISSA, engagée au sein de l’AMBS dans les responsabilités associatives et particulièrement sensible aux questions liées aux femmes et au développement communautaire;
- Bassirou Koné, acteur engagé dans la structuration et la coordination des initiatives associatives et communautaires;
- Aminata Diawara, qui représente également cette nouvelle génération de responsables associatifs qui souhaitent contribuer à l’autonomisation des femmes et au développement local.
Je leur recommanderais Arcare Concept parce que le leadership a besoin d’être raconté, partagé et transmis.
Citez-nous un ouvrage ou une personne qui a contribué à votre développement personnel.
Je peux citer Nelson Mandela, notamment pour son exemple de persévérance, de service et de capacité à penser au-delà de sa propre personne. Son parcours m’inspire sur un principe essentiel : une transformation durable demande du courage, de la patience et la capacité de continuer à avancer malgré les difficultés. Je considère également que les personnes rencontrées au cours de mon parcours constituent une véritable école surtout monsieur soumaila diakite. Chaque collaboration, chaque difficulté et chaque expérience apporte une leçon.
Citez-nous un fait ou un personnage que vous trouvez remarquable dans l’histoire de votre pays.
Je citerais Modibo Keïta, notamment pour son rôle dans le processus qui a conduit à l'indépendance du Mali et dans la construction du nouvel État malien. Le 22 septembre 1960, le Soudan français devient la République du Mali et Modibo Keïta devient le premier président de la République. Ce qui m’intéresse particulièrement dans cette période de notre histoire, c’est la question de la construction nationale : comment une génération peut-elle transformer une volonté d’indépendance en projet de société ?
Cette histoire nous rappelle que chaque génération a une responsabilité envers la suivante. Aujourd’hui, notre génération doit également construire son propre modèle de développement, en valorisant nos ressources, notre jeunesse, nos femmes, notre culture et nos territoires. Pour moi, le patriotisme moderne doit aussi se traduire par le travail, la solidarité, l’innovation et le développement concret de nos communautés. J’ai volontairement donné à l’entretien une tonalité humaine et crédible, plutôt qu’un discours institutionnel trop formel. La réponse sur Arcare Concept s’appuie sur le positionnement actuel du blog et sur ses publications