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N°286 À la rencontre de Moussocoura Maïga la Présidente de Demaya Santé et l'initiatrice de la Caravane de Santé à Niamana

Nous construisons demain en parlant de vous

12 septembre 2026

Pouvez-vous vous présenter à nos lectrices et lecteurs s’il vous plaît ?

Je m’appelle Moussocoura Maïga, on m’appelle Coura. Je suis infirmière polyvalente (affiliée à différents services comme les maladies infectieuses, la gériatrie aiguë, l’oncologie et le bloc opératoire). J’exerce actuellement des contrats de remplacement sur Paris, j’ai un parcours assez atypique, j'ai un BTS action commerciale, j’ai travaillé pendant 7 ans à la sûreté aéroportuaire, en 2017 j’ai fait une reconversion professionnelle pour devenir infirmière. Je suis fondatrice et présidente de Demaya Santé, une association humanitaire franco-africaine qui organise des caravanes médicales gratuites et des actions de santé communautaire, en Afrique de l’Ouest comme en France.« Demaya » signifie « famille » en bambara, et c’est vraiment l’esprit dans lequel nous travaillons : soigner comme on prend soin des siens.

Si vous deviez vous définir en 3 mots, que choisiriez-vous de nous dire et pourquoi ces qualités ?

Je suis :

  • courageuse parce qu’un projet comme Demaya Santé ne survit pas sans une volonté de fer face aux obstacles administratifs, financiers et logistiques;
  • humaine parce que tout est parti d’un besoin de soigner autrement, en écoutant vraiment les populations que nous rencontrons;
  • bienveillante, parce qu’aucune caravane ne se monte seule, il faut savoir fédérer des médecins, des bénévoles, des partenaires, une diaspora entière autour d’un même objectif, sans jamais perdre l’humain de vue.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Je suis infirmière de formation, avec de fortes attaches familiales au Mali, à Nioro du Sahel, Gao, Bamako, Koutiala, Segou, Mopti, où j’ai passé une partie de mon enfance. C’est dans mon métier au quotidien, au contact des patients, de leurs fragilités, de leurs manques d’accès aux soins que s’est nourri mon engagement associatif. L’assocation Demaya est née en 2013, ses objectifs étaient d’abord tournés vers l’éducation et l’enfance, avant de se restructurer en 2025 autour de la santé, d’où l'appellation Demaya Santé qui propose des services autour de la santé qui est un domaine assez vaste. Depuis cette transition, nous avons accompagné plusieurs caravanes en Mauritanie (Diyala 2023, Ndiaw et Bouanze 2024, Tachott en 2025, près de 5 600 personnes consultées en deux jours), et nous préparons aujourd’hui la Caravane de la Santé de Niamana (Bamako) au Mali, ainsi que des missions au Togo et au Sénégal.

Parlez-nous de l’association Demaya qui est la maison mère, ou des origines de Demaya Santé

Demaya a vu le jour en France en 2013, avec une vocation première tournée vers l’éducation et le soutien à l’enfance. Le nom porte déjà tout son sens : « demaya », la famille, en bambara. En 2025, nous avons fait le choix de recentrer l’association sur la santé, avec la création de Demaya Santé, une association loi 1901, basée à Évry-Courcouronnes. Ce recentrage est venu d’un constat simple : le besoin de développer l’accès aux soins pour la population fragile au niveau local et dans les pays africains où le besoin est immense en termes de prise en charge. Pour atteindre cet objectif nous avons mis en place un réseau transversal composé de professionnels de santé et dans d’autres secteurs, ici et au sein des diaspora africaines, pour répondre à une offre de service autour de la santé, auprès des populations fragiles, en France et en Afrique, en prenant en compte leurs besoins.

Comment et pourquoi le projet Demeya Santé a été mis en place ?

Il y a un vrai fossé, dans beaucoup de zones d’Afrique de l’Ouest, entre les besoins de santé des populations et l’offre de soins disponible. En tant qu’infirmière, je voyais ce fossé de près à chaque retour au pays. Demaya Santé est né de la volonté de mobiliser une diaspora de soignants, de médecins, d’infirmiers, de spécialistes pour apporter, le temps des caravanes, des consultations gratuites, du dépistage, des soins spécialisés à des populations qui n’y ont pas accès autrement. Ce n’est pas de la charité ponctuelle : nous cherchons à construire de vrais échanges de pratiques avec les professionnels de santé locaux, pour des protocoles de soins adaptés au terrain plutôt qu’un simple copier-coller du système hospitalier français.

Parlez-nous du projet de la Caravane de Santé de Niamana, qui est une première au Mali en termes d’envergure

La Caravane de la Santé de Niamana se tiendra du 23 au 25 octobre 2026, avec une équipe présente à Bamako du 19 au 30 octobre. Elle est portée par un comité de pilotage en partenariat avec le Collectif de Médecins Maliens de France et d’autres acteurs socio-économique français et de la diaspora. Nous intervenons à l’invitation du Centre de Santé de Référence (CSRéf) de Kalaban Coro et du Centres de Santé Communautaire (CSCOM) de Niamana. Notre passage coïncide d’ailleurs avec leur 4ᵉ campagne anti-paludisme. Nous visons entre 3 500 et 6 000 consultées, avec une priorité donnée aux enfants et aux femmes, sur des spécialités comme la médecine générale, la gynéco-obstétrique, l’ORL, la diabétologie, la cardiologie, l’ophtalmologie, ou encore la petite chirurgie pédiatrique. C’est une première par son ampleur : un budget d’environ 38 000 €, une équipe organisée en quatre pôles (Logistique, Communication, Administratif, Dons & Parrainages), et un plan opérationnel détaillé de 45 tâches. Sans oublier la collaboration avec les autorités maliennes.

Citez-nous un ou quelques échecs et les leçons apprises

Nous avions prévu une mission à Nioro du Sahel en 2025, la région d’origine de mes grands-parents et ma mère, à laquelle je tenais particulièrement. Nous avons dû l’annuler pour des raisons de sécurité, à un stade avancé de préparation. C’était une déception, mais une leçon utile : on ne peut jamais tout maîtriser sur le terrain, et il faut savoir intégrer un plan B voire accepter de renoncer sans que cela remette en cause l’engagement de fond.

Quels sont vos projets d’avenir ?

Après la Caravane de la Santé de Niamana en octobre 2026, nous préparons déjà une caravane au Togo en 2027, ainsi qu’une mission au Sénégal prévue pour octobre 2027. Nous voulons aussi consolider nos partenariats institutionnels avec le CHU Gabriel Touré à Bamako pour l’oncologie pédiatrique, avec des fondations comme Fondation Mérieux et renforcer nos actions de santé communautaire en France (dépistage du diabète, Octobre Rose). À plus long terme, mon souhait est de structurer Demaya Santé pour qu’elle devienne une actrice reconnue et pérenne de la santé communautaire en Afrique de l’Ouest, au-delà de l’urgence des caravanes ponctuelles.

Si vous deviez remercier quelques personnes, qui sont-elles et que représentent-elles pour vous ?

Je remercie :

  • ma famille, mes enfants, mari, parents qui me supportent;
  • mon équipe ici et là bas qui coordonne, prépare, m’accompagne et surtout qui croit au projet, notamment Marie Pierre, Hawa Konaré, Oulémata Diarra, Bingui Kanté et sa famille, Mariame, Chantal, et surtout Dr Konaté du Collectif des Médecins Maliens de France qui est plus qu’une personne ressource, les associations qui nous accompagnent, les médecins, Nina, Bacara;
  • mes amies, et surtout ceux qui m’ont laissé sur la route, je les remercie. L’échec doit être une force.

Quelles sont les 3 qualités d'un leader ?

Pour moi, un leader doit savoir :

  • écouter, parce qu’on ne peut pas construire un projet pour les autres sans comprendre leurs réalités et leurs besoins;
  • fédérer, parce qu’un leader ne fait rien seul : il doit savoir reconnaître les compétences de chacun et donner envie aux personnes d’avancer ensemble;
  • persévérer, parce que lorsqu’on porte un projet associatif ou humanitaire, il y a forcément des difficultés, des refus et parfois des échecs. C’est une réalité qu’il faut accepter et avec laquelle il faut avancer. Je pense aussi qu’un bon leader n’est pas forcément celui qui parle le plus ou qui est toujours devant. C’est celui qui sait pourquoi il avance et qui arrive à emmener les autres avec lui.

Que pouvez-vous conseiller aux jeunes générations pour atteindre leurs objectifs?

Je leur dirais de ne pas avoir peur d’avoir un parcours différent de celui qu’ils avaient imaginé. Moi-même, j’ai travaillé sept ans dans la sûreté aéroportuaire avant de reprendre mes études pour devenir infirmière. Aujourd’hui, je dirige une association de santé. Rien de tout cela n’était forcément prévu au départ. Il faut travailler, se former, accepter de recommencer parfois à zéro et surtout ne pas se décourager au premier échec. Et je leur dirais aussi de ne pas attendre d’avoir toutes les conditions parfaites pour commencer. On apprend beaucoup en faisant. Enfin, il ne faut jamais oublier d’où l’on vient. Réussir individuellement est une belle chose, mais utiliser une partie de ce que l’on a appris pour être utile aux autres donne encore plus de sens à cette réussite.

Citez 3 bienfaits immédiats de l'action sociale pour l'Afrique

Je dirais :

  • répondre aux besoins concrets, quand nous organisons une action de santé, le premier bénéfice est évident : une personne peut consulter, être dépistée, recevoir des soins ou être orientée alors qu’elle n’aurait peut-être pas eu cette possibilité autrement;
  • prévenir, grâce à l’action sociale qui ne doit pas s’arrêter à l’étape de la connaissance des besoins. La prévention permet aux populations de mieux connaître certaines maladies et d’agir plus tôt;
  • transmettre car la transmission est essentielle : lorsque les professionnels de la diaspora travaillent avec les professionnels locaux, chacun partage ses connaissances et ses pratiques. Pour moi, c’est comme cela qu’une action ponctuelle peut laisser quelque chose après notre départ.

Quelle est la citation parfaite qui résume votre vie?

Je pense que la phrase qui me correspond le mieux serait : « L’échec doit être une force. »

Parce que j’ai appris que tout ne se passe pas toujours comme prévu. Certains projets aboutissent, d’autres non. Certaines personnes vous accompagnent un temps puis prennent une autre route. L’essentiel est de comprendre ce que chaque expérience nous apprend et de continuer à avancer. Et aujourd’hui, beaucoup de choses que j’ai pu considérer comme des difficultés à un moment de ma vie m’ont finalement aidée à devenir la femme et la professionnelle que je suis.

Quelques mots sur Arcare Concept notre blog

Je trouve intéressante cette volonté de mettre en avant des parcours, des expériences et des personnes qui entreprennent ou s’engagent. Derrière un projet, on voit souvent le résultat final, mais beaucoup moins les doutes, les difficultés, les rencontres et le travail qui ont permis d’y arriver. Mettre en valeur ces parcours permet de transmettre l’importance et l’utilité des projets menés. Si mon expérience avec Démaya Santé peut donner à une personne l’envie de s’engager, de créer ou simplement de croire davantage en son projet, alors cet échange aura déjà été utile.

Si vous deviez recommander notre blog à quelques personnes qui incarnent le leadership autour de vous, qui sont-elles et quelles sont leurs activités ?

Je citerais :

  • mon Mari, il est l’un de mes premiers soutiens. Il croit en mes projets, m’encourage dans les moments de doute et, parallèlement, développe lui-même ses activités et ses entreprises. J’admire sa capacité à entreprendre, à avancer et à me laisser aussi l’espace nécessaire pour porter mes propres projets. Pour moi, le leadership, c’est aussi savoir soutenir la réussite de l’autre;
  • la personne qui m’a fait vivre ma première caravane de santé en Mauritanie. Cette expérience a beaucoup compté dans la suite de mon engagement. J’ai vu une personne capable de fédérer autour d’un projet et de répondre à un véritable besoin, tout en restant profondément humble. Elle n’est pas arrivée avec l’idée de « venir de France pour apporter des solutions », mais avec l’envie d’écouter, de partager et de construire avec les personnes présentes sur place. Cette façon de faire m’a beaucoup inspirée : apporter sa pierre à l’édifice sans jamais se placer au-dessus des autres;
  • toutes les personnes qui continuent aujourd’hui de marcher à mes côtés. Celles qui donnent de leur temps à Démaya Santé, qui mobilisent, proposent, fédèrent et continuent à croire au projet. Il y a aussi celles qui savent me remotiver lorsque je suis fatiguée ou que je doute. Elles m’ont appris que le leadership n’appartient pas à une seule personne. Il peut être collectif.

Citez-nous un ouvrage ou une personne qui a contribué à votre développement personnel.

Je cite « Une si longue lettre » de Mariama Bâ. Au-delà de l’histoire, ce sont les questions qu’elle soulève autour de la condition des femmes, de l’éducation, de la famille et de la transmission qui me parlent.

Mais mon développement personnel ne vient pas uniquement des livres. Il vient surtout des femmes qui m’ont élevée, accompagnée et portée. Ma Mère, les femmes de ma famille et toutes celles qui, à leur manière, m’ont transmis des valeurs de courage, de travail, de solidarité et de générosité. Je crois beaucoup à cette transmission entre femmes et entre générations. La femme que je suis aujourd’hui c’est en partie grâce à ce qu’elles m’ont transmis, et j’espère à mon tour pouvoir transmettre quelque chose aux générations qui suivent.

Citez-nous un fait ou un personnage que vous trouvez remarquable dans l'histoire de votre (vos) pays ?

Je dirai Mariame Ndaye Coulibaly, la présidente de Zakat Fondation. L’association est représentée en Guinée et en Mauritanie. Avant cela, elle a fait toute sa carrière aux Nations Unies, jusqu'à sa retraite en 2010. Son dernier poste à l'ONU était celui de Représentante pays de l'UNICEF à Dakar, au Sénégal (septembre 2008 - décembre 2009). Elle a aussi été Représentante pays de l'UNICEF à Yaoundé, Cameroun (2004-2007) puis à N'Djaména, Tchad (2007-2008). Une femme qui m’inspire.