1) Pouvez-vous vous présenter à nos lectrices et lecteurs, s’il vous plaît ?
Je suis Cheickna Sikou Kanté, diplômé d’État en DFS, spécialisé en arts intérieurs, architecture et agencement. Je suis actuellement en Master 2 de management international et développement des affaires en alternance, tout en poursuivant en parallèle des études en médecine. J’exerce par ailleurs les fonctions de Président de l’Association des Étudiants Maliens d’Île-de-France (AEMIF) et de président en exercice de la Fédération des Associations des Diplômés et Étudiants Maliens de France (FADEM).
2) Si vous deviez vous définir en trois mots, lesquels choisiriez-vous et pourquoi ?
Je suis :
- visionnaire, car j’aime anticiper, comprendre avant d’agir et guider autour d’une direction claire;
- responsable, car prendre en compte l’intérêt général, respecter ses engagements et assumer ses décisions sont, pour moi, au cœur du leadership;
- challenger, j’aime éclairer ce qui reste dans l’ombre, relever les projets que d’autres évitent et repousser les limites du possible. Dans un monde où le vrai et le faux se mêlent, il est primordial de savoir distinguer l’un de l’autre et de défendre ce qui est juste. Comme le dit un proverbe bambara : « Impacter positivement la vie des autres en les aidant à affronter les ruses du monde ». Cette posture guide un leader dans la mise en œuvre de sa vision et de ses ambitions.
3) Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’ai un parcours atypique, qui ne correspond pas aux trajectoires académiques classiques. J’ai obtenu un baccalauréat scientifique au Lycée Autogéré de Paris (LAP), situé dans le 15ᵉ arrondissement. Par la suite, j’ai intégré la première année des études communes de santé (PASS) à l’Université Paris Cité, dans le 6ᵉ arrondissement de Paris. Parallèlement à mes études de santé, j’ai obtenu en 2023 un diplôme d’État (DFS), option architecture intérieure (études de réalisation et d’agencement), au Campus d’excellence de Versailles.
En 2024, j’ai intégré une école de commerce, Incomsup Paris La Défense, où je suis actuellement en phase terminale de rédaction de mon mémoire de fin de Master en management international et développement des affaires. Mon travail porte sur le thème : « L’expansion et l’implantation des entreprises technologiques en Afrique francophone et en Amérique du Sud : le cas de SNIC Technologie (Comatis) ». Je réalise également ce master en alternance, en tant que chargé de business development chez SNIC Technologie (Comatis).
En ce qui concerne mon engagement dans la vie publique et associative, j’ai été responsable de la commission budget de mon lycée pendant deux ans. Le Lycée Autogéré de Paris étant un établissement géré par les élèves, cette commission avait pour mission la gestion des ressources budgétaires de l’établissement sur l’ensemble de l’année scolaire. Je suis engagé au sein de l’Association des Étudiants Maliens d’Île-de-France (AEMIF) depuis 2019, au sein de laquelle j’ai occupé plusieurs postes à responsabilité. J’en suis le président depuis le 25 février 2024, et j’ai été réélu pour un second mandat en février 2025. Par ailleurs, je suis également président en exercice de la Fédération des Associations des Diplômés et Étudiants Maliens de France (FADEM France) depuis juin 2025. Cette fédération regroupe plus de vingt-trois (23) associations estudiantines maliennes réparties dans la quasi-totalité des grandes villes de France, dont l’AEMIF, qui est l’une des structures fondatrices.
4) Vous êtes président de l’AEMIF et de la FADEM. Parlez-nous de votre expérience à la tête de ces deux grandes structures.
Vous savez, Monsieur Diakité, j’ai toujours affirmé et soutenu que le monde associatif est l’un des espaces les plus exigeants et les plus formateurs du perfectionnement humain, en particulier lorsqu’il s’agit d’organisations étudiantes. Je le dis avec conviction : malgré mon passage par de grandes écoles, mon engagement au sein de l’AEMIF a été l’un des facteurs les plus déterminants de ma vie. Le monde associatif m’a appris la gestion de l’humain, la recherche permanente de l’intérêt général et la nécessité d’un cadre clair, surtout lorsqu’il s’agit de fédérer des structures diverses.
J’y ai aussi développé un rapport très fort à l’honneur public : servir une organisation, une communauté et un pays, avant toute considération personnelle. Enfin, cette expérience a renforcé une conviction profonde : le Mali regorge de talents. Notre responsabilité est de les encadrer, de les valoriser et de créer les conditions de leur épanouissement.
5) Cette année est placée sous le signe de la culture. Quel rôle les Maliens de France doivent-ils jouer dans la promotion de la culture malienne ?
Avant de parler du rôle des Maliens de France pour l’Année 2025 de la culture, je veux d’abord saluer cette initiative. Chaque membre de la diaspora peut contribuer à faire vivre notre patrimoine, et cette année prend tout son sens si elle s’accompagne d’actions concrètes.
À travers l’AEMIF, nous avons organisé plusieurs événements. Le 13 septembre 2025, une soirée caritative a été consacrée au thème : « Dambé, Horonya, Yèrèdon : nos valeurs peuvent-elles survivre à la mondialisation ? », afin de réfléchir à la transmission de nos traditions face aux défis contemporains. Le 8 novembre, lors de notre journée culturelle annuelle, nous avons célébré l’Année de la culture. Le thème, « Mali 2025 – Héritage vivant : la diaspora fait vivre les traditions », a permis de réunir intervenants, membres de la diaspora et représentants diplomatiques, dans un esprit d’échanges et de partage, tout en mettant en lumière la richesse de notre patrimoine culturel.
6. Peu de Maliens savent que le secteur associatif fait partie de l’économie sociale et solidaire (ESS), un atout encore peu exploité par la communauté. Quels sont, selon vous, les moyens efficaces pour sensibiliser la communauté à l’ESS ?
C’est en réalité l’un des avantages majeurs dont dispose notre diaspora, mais que nous exploitons encore insuffisamment. Nos parents issus des premières et deuxièmes générations de l’immigration, à une époque où Internet et les nouvelles technologies n’étaient pas aussi développés, ont pourtant su s’appuyer sur l’économie sociale et solidaire comme un levier fondamental et efficace pour construire des écoles, des hôpitaux, des centres de santé et bien d’autres infrastructures dans la région de Kayes / Mali. Nous sommes les fruits directs de ces investissements collectifs.
Paradoxalement, alors que nous vivons à l’ère du numérique, connectés à toutes les plateformes et disposant de moyens de communication puissants, nous exploitons moins ce potentiel. Cette situation s’explique en grande partie par une méconnaissance de l’économie sociale et solidaire. Pour y remédier, il est essentiel que l’ensemble des acteurs se saisissent pleinement de cette question : responsables associatifs, représentants de l’État, médias, organisations de la société civile et autres parties prenantes.
La première étape consiste à éduquer et sensibiliser la diaspora à travers des formations, ateliers, conférences et séminaires ouverts au public, afin de mieux faire comprendre les principes, les enjeux et l’impact concret de l’ESS. Ce travail pédagogique permettra à un plus grand nombre de personnes de s’approprier la portée stratégique de ce modèle.
Les médias, comme le vôtre, jouent également un rôle central dans cette sensibilisation. À travers des formats simples et accessibles, ils peuvent mettre en avant des success stories d’acteurs associatifs, proposer des contenus pédagogiques et valoriser les initiatives réussies relevant de l’ESS.
Enfin, l’efficacité de l’ensemble de ces actions repose sur une approche participative, locale et concrète, permettant à la diaspora de mesurer l’impact réel de l’économie sociale et solidaire sur l’emploi, la solidarité et le développement durable. C’est à cette condition que l’ESS pourra devenir un véritable moteur de transformation pour notre communauté.
7. Citez-nous un ou quelques échecs, ainsi que les leçons que vous en avez tirées.
Monsieur Diakité, vous savez, ceux qui me connaissent diraient sans doute que je ne répondrais pas à cette question (rires). Mais je vais vous faire une confidence. Très peu de personnes connaissent cette histoire, et elle pourrait à elle seule faire l’objet d’un livre. Ce n’est pas à proprement parler un échec, mais une histoire vraie, personnelle, que je n’ai jusqu’ici jamais racontée, ni dans mes interviews ni même dans mes conversations privées.
Après l’obtention de mon diplôme d’études fondamentales au Mali, alors que je faisais partie des meilleurs élèves, mes oncles, les frères de mon père, m’ont retiré de l’école pour m’envoyer « à l’aventure », afin de chercher de l’argent. Cela peut paraître spectaculaire, voire inimaginable, mais c’est une réalité. Dans certaines communautés, notamment chez les Soninkés, cela relève d’une tradition bien ancrée. À l’époque, personne ne pouvait s’opposer à une telle décision, malgré mes protestations et mon refus catégorique d’y aller.
Pour moi, l’école s’arrêtait là. Mes rêves semblaient brisés, et mon ambition de devenir un jour médecin de mon état s’effondrait. Entre l’annonce de cette décision et mon départ pour le Congo, j’ai vécu les semaines les plus sombres de ma vie. Finalement, résigné, j’ai accepté ce que je considérais alors comme le lourd fardeau que le Dieu d’Abraham m’avait réservé. Ce fut sans doute l’un des moments les plus difficiles de mon existence.
Au moment de me dire au revoir, ma mère m’a adressé ces mots en soninké : « Sekheina, an ni kougni, kha an ga dounna gollé suu gna na, an gna na surodii ». Ce qui signifie littéralement : « Cheickna, transmets mes salutations. Je n’ai qu’un seul conseil à te donner : quoi que tu fasses dans la vie, fais-le bien. »
Cette phrase a guidé mes pas jusqu’à aujourd’hui, et continue encore de le faire. Elle se reflète dans mes initiatives, mon engagement et mon exigence envers moi-même. J’étais un enfant qui, au lieu d’aller à l’école comme les autres, a été contraint de partir à l’aventure contre sa volonté. C’est pour cette raison que je dis souvent à mes proches : « Je n’ai jamais vraiment été enfant. Je n’ai pas eu ce privilège. J’avais des responsabilités alors que je n’étais encore qu’un enfant. » Malgré tout, j’ai surmonté cette épreuve. J’ai souvent dû combiner travail et études, assumer de multiples tâches et faire face à de nombreuses difficultés. Après deux à trois années d’interruption scolaire, j’ai réussi à me réinsérer dans le système éducatif, et finalement à poursuivre et réaliser mes rêves, contre toute attente. Au fond, ce n’était que l’histoire d’un enfant qui rêvait, et qui s’est donné les moyens, coûte que coûte, de transformer ces rêves en réalité.
8) Quels sont vos projets à venir ?
Ils s’inscrivent dans la continuité de notre engagement en faveur de la jeunesse et de l’entrepreneuriat. Nous travaillons à la mise en place d’un réseau professionnel structuré, destiné à accompagner les projets portés par les jeunes. Les premières actions seront lancées à partir de 2026.
9) Si vous deviez remercier quelques personnes, qui sont-elles et que représentent-elles pour vous ?
Je commencerai par remercier ma famille. Malgré les épreuves et certaines décisions difficiles qui ont marqué mon parcours, elle reste mon socle. C’est aussi à travers ces moments complexes que j’ai appris la résilience, le sens des responsabilités et la force de me construire par moi-même.
Je tiens également à remercier deux grands hommes que la vie a placés sur mon chemin : Monsieur Kissima Doucouré et Monsieur Luc Jeannet Naltet, respectivement rencontrés au Congo et en France. Tous deux ont été mes mentors et ont largement contribué à la construction de l’homme que je suis aujourd’hui.
Je remercie enfin mes amis, les membres de mon équipe, ainsi que l’ensemble des membres de l’AEMIF et de la FADEM France, pour leur confiance, leur soutien constant et pour m’avoir permis d’évoluer à leurs côtés.
10) Quelles sont, selon vous, les trois qualités essentielles d’un leader ?
Je dirai :
- la vision;
- la responsabilité et;
- le courage.
11) Quels conseils donneriez-vous aux jeunes générations pour atteindre leurs objectifs ?
Se concentrer sur l’essentiel, se fixer des objectifs clairs et accepter que le travail soit la seule véritable constante de la réussite.
12) Citez trois bienfaits immédiats de l’entrepreneuriat pour l’Afrique.
Je citerai :
- la création d’emplois;
- la valorisation des compétences locales et;
- le renforcement de l’autonomie économique.
13) Quelle est la citation qui résume le mieux votre vie ?
« Ne jamais dire jamais. »
C’est une phrase à double tranchant. Elle me caractérise profondément au regard de mon parcours et de mon vécu. Les limites imposées par la vie, le temps, les circonstances, l’adversité ou les difficultés ne me feront jamais renoncer. Lorsque je me fixe un objectif, je mets tout en œuvre pour l’atteindre. Dans le même temps, cette citation m’aide à garder les pieds sur terre, à rester soi, car elle rappelle que nul ne sait réellement ce que demain nous réserve.
14) Quelques mots sur Arcare Concept notre blog.
Je tiens tout d’abord à saluer votre initiative et à vous remercier de permettre la diffusion d’informations utiles à destination de notre jeunesse. J’ai pris le temps de découvrir le contenu que vous proposez à votre public et je le trouve remarquable tant sur le fond que sur la qualité éditoriale.
C’est seulement la deuxième fois que je vois un projet de cette envergure placer la jeunesse au cœur de son action, et cela est à la fois salutaire et porteur de développement pour notre pays. Le changement durable passe par ce type d’initiatives. Je vous adresse tous mes encouragements pour la suite.
15) Si vous deviez recommander notre blog à trois personnes qui incarnent le leadership autour de vous, qui sont-elles et quelles sont leurs activités ?
Je vous suggérerais les personnes suivantes :
- M. Hamidou Coulibaly : Président du Conseil National de la Jeunesse Malienne en France;
- Mme Aminata Traoré et M. Seyba Sima : Respectivement Présidente de l’Association Les Enfants de Joliba et jeune engagé, militant politique et membre actif de la même association;
- Mme Rougouyatou N’Diaye : Femme leader et présidente de l’ONG Éducation pour Tous.
16) Citez un ouvrage ou une personne qui a contribué à votre développement personnel ?
Un bestseller, d’ailleurs moins cher, « Miracle Morning » de Hal Elrod. Je l’ai lu quand j’étais plus jeune et il a complètement changé TOUT.
17) Citez un fait ou un personnage que vous trouvez remarquable dans l’histoire de votre pays (ou de vos pays).
Je citerais la vision des Chefs d’État de la Confédération des États du Sahel (AES) qui est composée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger : Si nous parvenons à maintenir ce cap et à surmonter les péripéties de troisième degré qui ne sont rien d’autre que des tentatives d’intimidation, d’infiltration, de diabolisation afin de pouvoir maintenir nos pays sous tutelle, cette initiative pourrait préfigurer l’émergence et le développement durable de nos pays.